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alors vous aimez quoi comme manga ?????

# Posted on Monday, 10 March 2008 at 2:56 PM

Edited on Monday, 16 June 2008 at 3:50 AM

Origine et préhistoire du Japon

Origine et préhistoire du Japon
Chapitre I: Origine et préhistoire du Japon


Partie 1


Ce premier exposé couvre une période allant de ~ -80000 à ~300 ap. J.C. Une bibliographie succincte sera présentée à la fin de celui-ci.


1. Les origines

Il n'est vraiment pas facile de dire avec certitude d'où vient le peuple aujourd'hui connu sous le nom de japonais. Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas unique, qu'il n'est pas « fermé » ni « à part ». Bien au contraire : il est issu du mélange, du « croisement » de peuples issus d'horizons aussi divers que l'Océanie, la Sibérie, l'Asie du Sud-Est.

On distingue plusieurs vagues successives de « conquêtes », ayant donnés lieu à autant de rencontres, d'enrichissements et d'échanges.

Pour les périodes très anciennes, plusieurs colonisations ont eu lieu suite aux grandes périodes de glaciation. Il est ainsi probable que des peuples issus de l'Asie du Sud soit arrivé au Japon en traversant le bras de mer, alors à sec, de 177 Km de long qui sépare la péninsule Coréenne du Japon. Ce phénomène est bien connu et c'est sans doute ainsi que, traversant le détroit de Béring à la poursuite de troupeaux de bisons, des asiatiques posèrent le pied en Alaska. Les premières traces humaines remontent à 80000 avant Jésus Christ et sont le fait d'homo erectus (Certains parlent même de -200000 ans).

La suite est très complexe... car même dans le domaine de l'archéologie, les considérations « politiques » voire nationalistes empêchent souvent d'avoir une vision claire des choses.

Les premiers homo sapiens seraient arrivés dans l'archipel d'Okinawa via le Pacifique. D'autres groupes, venus de Sibérie, que l'on a d'abord pris à tort pour des caucasiens, les Aïnu, s'installant au Nord de l'Archipel avant de la conquérir complètement. Ces derniers furent peu à peu complètement assimilés par les peuples venus d'Asie pour quasi disparaître aujourd'hui. Ces « colonisations » ont perduré via la Corée jusqu'au IIIème siècle.

Bref, le peuple japonais (comme tous les autres !) est hybride... issu d'un mélange de peuples d'horizons différents.


2. Jômon 縄文時代

Cette période s'étale de -8000 à -700 encore que cette chronologie ne soit pas fixe (Les premières poteries nippones remontent à -12000). « Jômon » signifie « décoration cordée » tout simplement parce que les poteries de l'époque étaient « tatouées » au moyen d'une corde avant d'être cuite, ce qui donnait un motif tout à fait particulier. Caractéristiques de cette époque: les dogu, sorte de personnage en terre cuite.

Les peuplades Jômon étaient composées de groupes d'une trentaine de personnes qui vivaient de la chasse et de la cueillette (avec toutes les techniques "classiques" pour les époques précédant l'âge du bronze: armes en pierre taillées etc.). Certaines tribus côtières vivaient également de la pèche (en témoigne les harpons retrouvés sur certains sites de fouilles qui constellent le Japon).

Ils vivaient dans des habitations de plusieurs types :

a) soit posées directement sur le sol et appelées heichi jûkyo dont la technique remonte à l'époque antérieure.
b) soit semi enterrées appelées tateana jûkyo avec un sol en terre.
c) soit des bâtiments plus élaborés appelés hottatebashira tatemono qui eux avaient un sol et un toit soutenu par des piliers et étaient même parfois "surélevés" (comme sur pilotis).

Il est intéressant de noter combien ces structures (notamment les formes de toit) se retrouvent encore aujourd'hui dans l'architecture traditionnel du Japon. Nombre de ces bâtiments peuvent être admirés aujourd'hui à Ikegami, dans la région d'Ôsaka, où ils ont été reconstruits.

C'est à cette époque que Jimmu Tennô 神武 , premier Empereur du Japon et descendant de la déesse Amateresu, aurait fondé celui-ci le 11 février -660. Ce personnage est purement mythologique. N'en demeure pas moins que l'actuel empereur descendrait directement de lui (A prendre avec des pincettes vu les relents nationalistes). Cette pseudo-"chronologie" ne sera en fait fixée que bien plus tard, au VIIIème siècle, lors de la rédaction du Kokiji.


3. Yayoi 弥生時代 (-300 à 300)

Cette époque est caractérisée par la maîtrise du fer et du bronze (notamment des lances en bronze typiques) , l'introduction du cheval et les premières rizières (techniques sans doute venues de Corée). Les premières tribus dites « Yayoi » sont apparues dans le Sud de Kyûshû avant de se répandre dans l'archipel vers le Nord (la limite de l'extension de la culture Yayoi était Sendai, dans la région du Tôhoku).

Le nom donné à cette période vient également des poteries caractéristiques de cette époque (de réalisation beaucoup plus fine et recherchée). Yayoi est le nom du quartier de Tôkyô où elles furent découvertes pour la première fois.


On voit également apparaître les premiers « royaumes ». En tout cas, ceux-ci sont décrits dans les sources chinoises de l'époque (les habitants du Japon y étant appelés « Wa » qui signifie « Nain ») et, pour certains, envoient même des tribus à l'Empereur de Chine. Les même sources ("Histoire des Han") font également état de guerres entre ces « royaumes » jusqu'au moment où la Reine Himiko 卑弥呼 fonda un état stable appelé Yamatai, peut-être ancêtre du futur Yamato, au début du IIIème siècle de notre ère et dont la localisation précise est difficile à établir (Kyû-shû ? Yamato ?).
Au niveau religieux, les miroirs (en bronze) deviennent un objet rituel répandu.







# Posted on Monday, 10 March 2008 at 4:20 PM

Edited on Monday, 16 June 2008 at 3:49 AM

Origine et préhistoire du Japon

Origine et préhistoire du Japon
Chapitre I: Origine et préhistoire du Japon


Partie 2




4. L'ère Kofun 古墳時代 (IIIème- VIème)

La "culture" kofun a émergé dans le Kinai (Région de Nara-Kyôto): elle est caractérisée par la construction de grandes tombes (kofun) où reposent les personnages importants de cette époque (encore que la pratique se soit quelque peu généralisée à la fin de la période, parallèllement avec l'abandon du "gigantisme" des tombes).

D'après des théories aujourd'hui dépassées, l'origine de ce "rite" funéraire est à trouver sur le continent. Certaines tribus nomades de cavaliers venus de Corée s'étant installer dans le Kinai et ayant imposé cette coutume aux peuplades Yayoi, avant de prendre le contrôle de tout le Yamato. Cette thèse a été combattue avec succès par certains historiens qui plaident pour une naissance autochtone de ces "cultures" (les cultures Yayoi varient selon les endroits).


Plusieurs "formes" de tombes se sont succédées:

D'abord ronde (empun)
Ensuite carrée (hôfun)
En forme de trou de serrure (zempô-kôen-fun)
Et enfin carrée à \'avant et rectangulaire à l'arrière (zempô-kôhô-fun)
La plus grande tombe est celle de Nintoku 仁徳 Tennô (313-399) qui fait 486 m de long sur 305 m de large.

Ces tombes étaient garnies d'haniwa, sortes de figurines en terre cuite représentants des hommes, des maisons, des animaux etc., et entourrées de fossés dont certains étaient emplis d'eau.

Au niveau religieux, les premiers sanctuaires sont construits à Ise et Izumo et reprennent la forme des hottatebashira tatemono dont les premiers exemples remontent à la période Jômon tardive. Les premiers torii (portes) font leur apparition.

La poterie se divise en deux groupes:

Haji: dont la technique ne varie pas énormément de celle de la période Yayoi mais dont la teinte rouge est caractéristique.

Sue: Plus tardive (VIIème siècle) et de bien meilleure facture dont l\'ouverture large et évasée est la caractéristique.

A la fin du IVème siècle, émerge l'état du Yamato 大和. Celui-ci est peut-être le successeur du Yamatai fondé par Himiko, mais rien n'est mois sûr.

Quoiqu'il en soit, son existence est averée dès le IVème siècle, notamment grâce à la fameuse lance à 7 pointes datant de 369, cadeau du "du Roi de Paekche (Corée, plus précisement Kudara) au seigneur du Yamato" et conservée au sanctuaire d'Isonokami, ainsi que les tributs envoyés aux Empereurs Chinois de l'époque.

C'est avec le Yamato que commencent les relations "troublées" avec la Corée. La péninsule coréenne est alors divisée en trois "royaumes":


• Au Nord, Kôkuri
• Au Sud-Ouest, Kudara
• Au Sud-Est, Shiragi

Cette carte présente la répartition des "royaumes" de l'époque:

Il semble que le Yamato ait pris le parti du Kudara (envoit de troupes, échanges diplomatiques...) avant de s'implanter lui-même en Corée en créant une colonie dans l'extrême Sud de la péninsule (Minama). (Cette théorie de la "colonisation" est combattue par les historiens coréens et japonais: là aussi, les relents nationalistes doivent inciter à la prudence!).

En 421, le souverain du Yamato voit son rôle dans la péninsule confirmé par l'Empereur Chinois Song qui le nomme "Antô Shôgun wakoku-ô\" soit "Général pacificateur de l'Est et Roi des Wa". Et en 450, son titre de "Pacificateur du Minama" est reconnu.

Le VIème siècle est une période troublée pour le Yamato: les successions sont nébuleuses et son rôle international s'estompe: le Minama est démantelé au profit du Kudara et du Shiragi tout au long de ce siècle. Par contre, son emprise sur l'archipel s'accroit (Elle est entièrement contrôlée sauf le Nord qui reste territoire Aïnu) et un premier système d'organisation de la société fait son apparition (division entre "uji", les clans, et "be", les serviteurs et artisans répartis selon leur spécialité.)

C'est également au VIème siècle que le bouddhisme fait son apparition au Japon et "concurrenc\" la religion animiste locale (le Shintô). Il est introduit sur une initiative du Roi du Kudara (en 538, il fait envoyé une statue du Bouddah en Bronze au Yamato) allié du Yamato, qui lui proposa d'adopter cette religion à laquelle lui-même était converti depuis ~150 ans. La cour du Yamato ne le fit pas tout de suite: deux "clans" s'affontaient, les Soga d'un côté, les Mononobe, les Otomo et les Nakatomi de l'autre. Les Soga, partisan du bouddhisme, finirent par l\'emporter en 587. Ils imposèrent un "Empereur" du Yamato à leur convenance (Suikô-Tennô, une femme) et le bouddhisme prospera comme religion officiellement reconnue...

On voit déjà combien à l'époque, l'Empereur est finalement aux "mains" de clans très puissants ( figure de "séparation des pouvoirs" qui perdurera jusqu'à nos jours) les Soga étant eux-mêmes supplantés ultérieurement dans ce rôle par les Fujiwara (revanche des Nakatomi)...


Ceci marque la fin de la "préhistoire" nippone. Prochain chapitre: "La période ancienne".







# Posted on Monday, 10 March 2008 at 4:26 PM

Edited on Monday, 16 June 2008 at 3:49 AM

Le Japon Ancien

Le Japon Ancien
Chapitre II: Le Japon Ancien ou « Époque des Codes »


Partie 1




Ce deuxième chapitre couvre une période allant de 593 à 1185.


1. La période d'Asuka. 飛鳥時代

Cette période, aussi parfois appelée Suikochô-jidai « règne de l'impératrice Suiko », s'étale de 593 à 710 et doit son nom au village d'Asuka où s'est principalement trouvé la capitale du Yamato à cette époque.

Cette période marque un tournant important : avec la victoire des Soga, plus rien ne fait obstacle à la propagation du bouddhisme dans l'Archipel. Dès lors, des moines venus de Corée et de Chine du Nord émigrent massivement au Japon, apportant techniques et savoirs nouveaux avec eux. De même, bon nombre d' "étudiants" nippons se rendent « sur le continent » et en reviennent généralement subjugués.

En effet, à cette époque, après une période d'anarchie et de troubles, les T'ang ont pris le pouvoir en Chine : la civilisation chinoise est alors plus resplendissante et puissante que jamais et exerce une fascination inégalée sur l'ensemble de la région.

La Yamato renoue, après un siècle d'interruption, des relations accrues avec l'Empire du Milieu avec comme point d'orgue l'envoi d'une Ambassade en 607.

La tentation est dès lors grande dans le chef des dirigeants du Yamato d'essayer d'imiter le puissant voisin, d'importer ses institutions et ses structures. Ceci est autant dû à l'admiration qu'à la volonté de l'archipel d'égaler voire même surpasser celui-ci. On considère généralement que c'est à cette époque qu'émerge véritablement une « conscience nationale » japonaise, le sentiment d'apartenance à un même pays, à une communauté de destin (et un dévouement à l'Empereur !). Ceci sera traduit par l'expression « Yamato Damashii », expression qui gagnera une résonance toute particulière pendant la seconde guerre mondiale.

Trois autres « faits » traduisent ce changement :


1. C'est à cette époque que le terme Nihon (« soleil levant ») est adopté pour désigner le pays. Sa prononciation chinoise donnera naissance au mot « Japon ».

2. Le terme « tennô » est employé pour désigner l'Empereur.

3. La première monnaie en cuivre japonaise (« wadô ») est battue en 708.


L'adoption des institutions chinoises ne se fit pas sans heurts. Une première étape importante débute avec le Prince Shôtoku 聖徳 (574-622) dont la postérité fera un héros national, animé d'un projet grandiose pour le pays.

Rappelons que les Soga avait mis sur le trône Suiko. Ils désignèrent dans la foulée le prince Umayado comme « Prince héritier » qui dirigea donc en fait le Yamato sous le nom de Shôtoku.

Sa « première » mesure fut de faire adopter, suivant en cela une tradition chinoise, en 603 un système de « rangs » basés sur la couleur des coiffures (« kan i jûnikai no sei »). Ce système se fondait sur le mérite (et non la naissance) et les vertus confucéennes traditionnelles que sont la morale, la bienveillance, la splendeur, la fidélité, la droiture et la sagesse (6 vertus chaque fois majeure ou mineure = 12 rangs). Ce système ne sera remplacé qu'en 701.

Plus fondamental, et encore plus marqué de l'influence sino confucéenne, est l'adoption en 604 de la « Constitution en 17 articles ». Ce texte, totalement dans la tradition « non juridique » confucéenne, divise l'état en trois parties : l'Empereur comparé au ciel, ses serviteurs et le peuple qui le « soutiennent ». Ce texte contient essentiellement des préceptes moraux destinés à maintenir l' « harmonie » sous-tendue par l'idée du « chacun à sa place ».

Le Prince favorise également le Bouddhisme. Ainsi plusieurs temples d'inspiration directement bouddhiste, bâti sur le modèle chinois et introduisant la pagode, sont construits :

1. Le Shitennô-ji à Naniwa
2. Le Hôryû-ji à Nara
3. L'Asukadera à Asuka

... sont autant d'exemples de l'architecture de l'époque.

Deuxième étape importante : la réforme de Taika. Cette période commence avec l'élimination des Soga grâce à un complot ourdi par le clan Nakatomi avec l'aide de la cour impériale en la personne de Naka no Ôé (futur Empereur Tenji). C'est Kôtoku qui monte sur le trône en 645, ceci marquant sans doute l'apogée de la puissance des Empereurs japonais.

Il mena donc sa grande réforme Taika ("大化") ( C'est la première fois que la notion d'ère est introduite au Japon. Là aussi l'influence chinoise est évidente.)

Cette réforme consistait essentiellement dans l'adoption complète du système administratif des T'ang et par une centralisation accrue. Ceci se faisant au détriment des clans, on comprend que les Soga y étaient opposés et qu'ils furent « écartés ».

L'état fut divisé en province, district et village. Chacun de ces niveaux étant dirigés par un « haut fonctionnaire » généralement un membre de clan qui trouvait là une reconversion extrêmement valorisante. Chaque nivea avait essentiellement deux responsabilités immédiates :


1. faire un relevé de la population.
2. faire un relevé des rizières.


Ceci afin de permettre la mise en place du système de répartition des rizières (« Handen ») et, au passage, de percevoir de (très) lourds impôts. Ce système, sans doute assez adapté à la Chine qui a toujours connu une très forte centralisation encore qu'il n'y ait jamais fonctionné à pur et à plein non plus, montrera rapidement ses limites au Japon (Il n'a d'ailleurs "bien" fonctionné que dans la région centrale... les zones plus éloignées restant peu affectées par ces "réformes".)

Finalement, après une période extrêmement troublée pour le Yamato vers la fin du VIIème siècle (campagne militaire désastreuse en Corée suite à l'appel à l'aide du Kudara, révolte d'indigènes dans le Nord), c'est Tenmu-Tennô 天武 qui mettra un point final à la période d'Asuka (période dite « d'élaboration des codes »). Après avoir éliminé Tenji (Naka no ôe) et rétabli la capitale déplacée à Ôtsu par son prédécesseur à Asuka, il rédigera des codes administratifs (en remplacement du « kan i jûnikai no sei ») et un code pénal en 701. C'est également lui qui « commandera » la construction d'une capitale sur plan chinois appelée Heijokyô 平城京 (Nara) où la cour se déplacera en 710.







# Posted on Monday, 10 March 2008 at 4:47 PM

Edited on Monday, 16 June 2008 at 3:48 AM

Le Japon Ancien

Le Japon Ancien
Chapitre II: Le Japon Ancien ou « Époque des Codes »


Partie 2




2. La période de Nara 奈良時代

Cette période s'étale de 710 à 794. Elle débute (et doit son nom) avec le déplacement, sous le règne de l'impératrice Ginmei, de la capitale de Fujiwarakyô (première tentative de capitale fixe) à Heijôkyô (Nara). Cette ville sera la première capitale permanente du Yamato : avant celle-ci la cour se déplaçait beaucoup au gré de la volonté de l'Empereur (C'est ainsi qu'une soixantaine de villes et villages avaient eu l'honneur d'être la « capitale » du Yamato durant les périodes précédentes.)

La ville de Heijôkyô 平城京 fut bâtie sur un plan chinois d'après la volonté de Tenmu-Tennô. Elle est établie sur un plan carré (4 ,8 km sur 4 ,3 km) quadrillé de rues perpendiculaires.

Ce besoin d'une capitale fixe est la conséquence directe de l'adoption du système chinois : une administration de grande taille (bien que proportionnellement moindre qu'en Chine) est mise en place : il dévient dès lors impossible de déplacer tout ce petit monde au gré des caprices de l'Empereur. De plus, l'idée d'avoir une capitale qui tienne la comparaison avec la capitale des T'ang en Chine n'est pas pour déplaire au Yamato.

Encore pour « égaler » les chinois, l'Impératrice commande la rédaction du Kojiki 古事記 ouvrage « historique » censé établir la succession des empereurs depuis Jimmu Tennô et établir la filiation directe entre la famille impériale et la déesse Amaterasu 天照大神 , démiurge (avec d'autres kami) du Japon. Le Nihon Shoki 日本書紀 (« Chroniques du Japon ») est également rédigé à cette période : il complète le Kojiki sur certains aspects historiques.

Toujours sur le plan littéraire, le Manyôshû est compilé en 760 : il est la première anthologie de poésie japonaise ; et, surtout, contient les ancêtres des futurs hiragana (manyô-gana) qui consistent en une « adaptation » des caractères chinois en caractères phonétiques japonais.

En 760, le premier « musée » du monde (Shôsô-in) est créé à Nara : il rassemble des collections d'objets précieux ayant appartenu aux Empereurs précédents (Shômu et Kôken).


L'époque de Nara est donc l'époque de mise en élaboration des codes établis pendant toute la période d'Asuka. Et c'est d'ailleurs pendant ce seul siècle qu'ils fonctionneront à plein. Ils seront par la suite vidés de leur substance, les Empereurs y perdant une grande part de leurs revenus au profit des Seigneurs et des Monastères.


L'organisation administrative était la suivante :

Le pays était divisé en 68 provinces. L'Empereur « règne » mais les fonctionnaires gouvernent en fait. Les différents « ministères » étaient répartis entre les sections de gauche (Sabenkan) et de droite (Ubenkan). L'administration des Dieux (Jingikan) et le ministère des affaires suprèmes (Dajôken) chapeautent le tout.

Il existe plusieurs rangs de fonctionnaires. Ils sont chaque année évalués ce qui leur permet éventuellement de grimper dans la hiérarchie. L'évaluation se base principalement sur la connaissance du chinois (et surtout de la poésie chinoise). La naissance permet également une progression plus rapide, les fils de hauts fonctionnaires sautant directement plusieurs rangs.

Le peuple quant à lui est divisé entre ryômin (peuple « libre ») et senmin (les serviteurs et esclaves).

Chaque habitant se voit attribué une part des rizières « cadastrées » par l'administration, en échange de quoi il doit payer des impôts souvent très élevés. Très vite le système sera détourné : les Seigneurs de la cour et les monastères obtiennent des terres exemptées d'impôts qu'ils tiennent en « fief ». Dès lors les paysans viennent y travailler en vertu de quoi ils échappent aux impôts « impériaux ». Et cela arrange les Seigneurs et les Monastères qui y voient un moyen facile de mettre ces terres en valeur et d'augmenter leurs revenus. Il faut également noter que le système traditionnel ne fonctionnait de toutes façons que dans les régions centrales du Yamato... mais très vite, dès le IXème-Xème il ne fonctionna plus nulle part.


Au niveau religieux, le bouddhisme se diffuse rapidement et voit son influence s'accroître sensiblement. Différentes écoles, venues d'Inde et de Chine, s'établissent à Nara et sont connues comme « les 6 écoles de Nara » chacune tenant son enseignement dans un ou plusieurs temples de la ville :

Tôdai-ji: les écoles Kegon, Kusha et Hossô y professent. C'est également là qu'un grand Bouddha sera inauguré en 749. Il avait été commandé suite à une grande épidémie de variole en 737.

Saidai-ji: (construit en 765) « siège » de l'école Ritsu.

Hôryû-ji: pour les écoles Sanron, Jôjitsu et Hossô.

Kôfuku-ji: Kusha et Hossô.

Darian-ji: Jôjitsu.

Yakushi-ji: Sanron et Hossô.

Gangô-ji: Sanron et Jôjitsu.

De plus, dans tout le pays des « temples provinciaux » sont établis (Koduburi ji)

Très vite cependant, l'influence des ces groupes religieux fut de plus en plus perçue comme néfaste. Les Fujiwara (descendants des Nakatomi qui avaient en leur temps éliminés les Soga. C'est l'Empereur Tenji qui en 699 les autorisa à prendre le nom de Fujiwara) notamment, qui contrôlaient pratiquement toute l'administration (ils en occupaient deux tiers des postes en 770), et plus encore puisque régulièrement un de leur membre épousait un membre régnant de la famille impériale, voyaient d'un plus en plus mauvais ½il l'influence grandissante du clergé sur l'Etat.

La crise culmina avec le règne de l'Impératrice Kôken (qui régna sous le nom de Shôtoku). Celle-ci avait en effet commis l'irréparable erreur de nommer le moine Dôkyô comme virtuel héritier du trône (Hô-ô) ! Celui-ci lui ayant sauvé la vie par le passé, elle lui devait une reconnaissance éternelle ! Hélas pour lui, l'impératrice décéda et son successeur, Kônin Tennô, le bannit dans la province de Shimotsuke. Par la suite, la décision fut prise par les ministères réunis qu'il n'y aurait plus d'Impératrice, trop sujette à la « dévotion ». Et ce fut en effet le cas pendant près de mille ans.

Bref, ceci était révélateur de l'emprise que pouvait avoir le clergé, et sensiblement les « 6 écoles de Nara » sur la vie politique du pays. Dès lors, l'Empereur Kammu (successeur de Kônin et mis sur le trône grâce aux Fujiwara) prit une décision qui allait se révéler historique : le déplacement de la capitale !

Le choix se porta d'abord sur Nagaoka. Mais l'assassinat du chef de travaux, un Fujiwara, suivi par une étrange épidémie furent interprétés comme autant de signes défavorables. Sur les conseils de Saichô (moine bouddhiste protégé par l'Empereur car il ne faisait partie d'aucune des « 6 écoles ». Il fondra plus tard la fameuse secte Tendai.), un autre lieu fut choisi : Heiankyô 平安京, la future Kyôto en 794. Elle restera la capitale impériale jusqu'à la restauration Meiji en 1868.








# Posted on Monday, 10 March 2008 at 5:00 PM

Edited on Monday, 16 June 2008 at 3:48 AM